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22 mars 2021
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Le contexte actuel pousse les jeunes à se détourner du secteur aéronautique

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"L'AERO, POUR MOI C'EST FINI"  

À Toulouse, la crise précipite les reconversions chez les jeunes.

Article publié dans "La Tribune", édition du 3 Mars 2021 et écrit par Florine GALERON.

Un an après le début d'une crise aéronautique historique, la filière a perdu plus de 3.000 emplois rien qu'en Haute-Garonne. L'avalanche de plans sociaux dans la Ville rose a poussé beaucoup de jeunes à changer de voie.



Témoignages

"L'aéro pour moi, c'est fini, je tire un trait dessus pour les prochaines années", assure Fanny. Cette Toulousaine âgée de 29 ans est entrée en 2016 chez Derichebourg à l'issue d'une formation en logistique. Pendant cinq ans, elle a travaillé dans le saint des saints, le Delivery Center d'Airbus. "Tout le monde avait envie d'arriver au Delivery Center. C'est là que sont livrés les avions aux compagnies aériennes. Je devais m'assurer que l'administratif soit impeccable avant la livraison. Le travail était très intéressant et beaucoup plus varié que d'être à la chaîne." La jeune salariée titulaire d'un bac+2 bénéficie d'un salaire plutôt attractif (2.000 euros nets) et "de conditions de travail idylliques".

Et puis la crise sanitaire est arrivée. Derichebourg est le premier sous-traitant aéronautique toulousain à avancer l'hypothèse d'un plan social. Le groupe suggère un PSE pouvant toucher jusqu'à 700 postes si les syndicats refusent la mise en œuvre d'un accord de performance collective (APC). "On nous a proposé de rester avec 500 euros nets en moins sur les salaires. J'avais beau être bien là-bas, je n'avais pas envie de rester dans ces conditions. Je savais que mon travail allait changer aussi avec un boulot à la carte un peu comme pour les intérimaires : un jour vous êtes magasinier, puis le lendemain logisticien. J'ai préféré partir", confie Fanny.


"MA FAMILLE DISAIT QUE J'ÉTAIS INGÉNIEUR"

Comme elle, près de 200 personnes refusent de signer cet accord et sont licenciées par Derichebourg. C'est le cas par exemple de Joris, 30 ans, en poste également au Delivery Center d'Airbus.

"C'était gratifiant de voir l'avion terminé et donc toute l'utilité du travail effectué en amont. Une vraie fierté car pour faire voler un avion, il faut faire converger beaucoup de compétences en amont. Ma famille aussi était fière, elle disait que j'étais ingénieur aéronautique", s'amuse ce titulaire d'un BTS électrotechnique. Avant de se remémorer : "Quand la pandémie s'est déclarée, l'ambiance a vraiment changé, elle est devenue beaucoup plus anxiogène. J'ai appris que nos primes allaient devenir ridicules. Je me suis dit que je n'avais plus rien à attendre du secteur aéronautique et j'ai préféré partir avant que les conditions de travail ne se dégradent."

Depuis quelques mois, Joris a ouvert son entreprise de livraison de repas. Fanny veut elle revenir à sa première orientation professionnelle : créatrice de sites internet. Tout deux ont vu la crise comme une opportunité pour changer de voie.

D'après une étude de l'Insee, la filière aéronautique a perdu 5.800 salariés en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine entre janvier et septembre 2020. La Haute-Garonne à elle seule fait face à une perte de 3.200 emplois.

Face à l'avalanche de plans sociaux, beaucoup de salariés pensent reconversion. "Avant d'entrer chez Cauquil, je bossais dans le bâtiment. J'ai suivi une formation de fraiseur à commande numérique pour me reconvertir dans l'aéronautique car c'est un secteur qui recrutait. Manque de pot, ce n'est plus le cas. Sur 14 postes de fraiseurs, 9 seraient supprimés", nous faisait remarquer au mois de décembre Stéphane Dulon, la trentaine, en chômage partiel depuis le mois de mars chez le sous-traitant Cauquil qui a procédé à une trentaine de licenciements.

Chez Airbus aussi le plan social a poussé beaucoup de jeunes à changer de voie. Le donneur d'ordre avait annoncé cet été 4.248 suppressions de postes en France. Finalement, la restructuration qui touche à sa fin ne devrait pas se solder par des licenciements grâce à de nombreux départs volontaires. C'est le cas de Julien Mahé, 28 ans, dont huit années passées chez le constructeur aéronautique à Saint-Nazaire comme monteur-câbleur puis aux essais électriques. "J'étais vraiment passionné par l'aéronautique, Airbus faisait rêver tout le monde", se souvient-il. Fin décembre, il a quitté Airbus pour... ouvrir son salon de tatouage. "Dans le cadre du plan social, j'ai pu bénéficier d'une aide de 15.000 euros, cela m'a permis de faire des travaux dans le salon. Cela faisait deux ans que je me posais la question et forcément cela a conforté mon choix", explique-t-il.

À Toulouse, Olivier Babando a lui profité du plan social pour quitter Airbus et devenir formateur en communication non-violente. "J'ai été pendant plusieurs années un chef de projet comme il en existe beaucoup à Airbus. Mais j'ai eu envie d'autre chose. Je n'étais pas très fan de ce mode de management plutôt pyramidal avec des ordres qui arrivent d'en haut et une liberté d'action un peu limitée", avance-t-il. Il y a trois ans, le salarié commence à s'intéresser à de nouvelles formes de communication. "J'avais adopté un mode d'éducation très traditionnel qui ne fonctionnait pas très bien avec notre deuxième fille, porteuse d'un handicap. J'ai découvert dans l'éducation bienveillante et la communication non-violente des outils qui nous facilitent grandement le dialogue avec nos filles." Il espère désormais en faire son activité principale.




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