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19 juin 2019

Christophe Bénaroya (TBS 1993): « Notre rôle est de former des cadres et des dirigeants dans un secteur en forte évolution »

Christophe BenaroyaDirecteur de l’Aerospace MBA de l'école.

'' Toulouse Business School (TBS) fêtera les 20 ans de ses formations aérospatiales en novembre prochain. Le célèbre Aerospace MBA de TBS a d'ailleurs vu d'importantes évolutions cette année. Christophe Benaroya, Directeur de Aerospace MBA revient sur les nouveautés de la formation des prochains leaders qui viendront accompagner la croissance et le développement du secteur aéronautique et spatial. Entretien.

Pourquoi faire évoluer le programme ?

Le paysage aéronautique et spatial mondial a beaucoup changé en 20 ans et l'accélération des cycles longs de l'industrie nous interpelle. Notre rôle c'est d'accompagner ce mouvement, mais aussi de former des cadres et des dirigeants dans un secteur en forte évolution, capables de travailler dans un environnement qui est beaucoup plus incertain. Nous avons une vraie légitimité dans le domaine et nous n'avons pas découvert le secteur aéronautique au cours des dernières années.

Bien sûr, les contenus ont été mis à jour au fur et à mesure des années, mais notre mode de fonctionnement était resté identique. L'idée était de faire évoluer le programme pour être davantage en mesure de pouvoir intégrer les évolutions du secteur, mais aussi celles qui apparaîtront dans les prochaines années et dont nous n'avons pas encore pleinement connaissance aujourd'hui. À titre d'exemple, tous les constructeurs mondiaux deviennent très soucieux des engagements environnementaux aujourd'hui. Cela devient plus sérieux, ce n'est plus du simple « green washing » et cela doit donc être intégré dans nos programmes. 

Quelles sont les nouveautés apportées à l'Aerospace MBA ?

La réorganisation du programme Aerospace MBA s'appuie sur trois axes. Le premier concerne l'augmentation des échanges entre les participants. Les cursus « full time » (long haul) et « part time » (hub) ont été hybridés de façon à créer davantage de partage, davantage de richesses grâce aux expériences de personnes de nationalités diverses afin de favoriser les pratiques en vigueur dans le monde aéronautique et spatial d'aujourd'hui. Ces échanges entre les participants, le « peer-learning », est favorisé dans chacun des trois blocs de la formation, des fondamentaux du management, plus académiques, jusqu'aux «specialized tracks » en passant par les « process workshops ».

Le deuxième axe, essentiel, est l'absolue nécessité de renforcer la dimension « soft skills » des participants. Cela figurait déjà au programme, mais nous l'avons renforcé compte tenu des évolutions du secteur : la digitalisation, mais aussi l'accélération de la mondialisation des échanges. Cela nous amène en renforcer la compréhension interculturelle. Nous avons des projets multiculturels liés à l'aéronautique, l'« Applied Business Workshop » ou l'on travaille pour une entreprise qui amène sa problématique de développement de ses activités. Il va par exemple y avoir des questionnements sur la pénétration d'un certain marché géographique, en inscrivant ensuite la stratégie sous les regards variés des différents participants. C'est très applicatif, une véritable mission « commando » pour une entreprise. Mais il y a aussi des projets de beaucoup plus longue durée.

Enfin, le troisième et dernier axe concerne l'intégration des dernières évolutions du secteur de l'aéronautique et du spatial. C'est au coeur de la transformation du programme. Il s'agit d'intégrer des sujets qui étaient jusqu'ici abordés à la marge dans le programme pour respecter les contraintes d'heures de cours. Nous avons trouvé une astuce de fonctionnement, avec la mise en place de huit semaines de cours sous l'appellation «Broadening our vision ». Il s'agit ici d'intégrer des sujets comme l'IoT, la blockchain, des aspects plus poussés sur le leasing, par exemple sur les moteurs, évidemment l'industrie 4.0. Nous avons aussi des sujets sur l'économie circulaire, sur les engagements sociétaux et nous voyons bien aussi qu'il y a un besoin croissant sur les questions géopolitiques.

Comment développez-vous les soft skills des participants ?

Pour les aspects leadership et soft skills, TBS a lancé un nouvel outil l'année dernière baptisé le « KUBE » qui est en fait une salle à la fois conviviale et high-tech et qui permet de s'exprimer librement en public, sans l'aide de pupitre et avec plusieurs caméras filmant sous différents angles de vue. Cela permet de favoriser des présentations beaucoup plus naturelles et dans les dernières pratiques de l'expression orale, tout en permettant à nos participants de revenir sur des retours d'expérience au sein de leur entreprise. 

Toujours pour les soft skills, et pour la dimension multiculturelle, nous pouvons aussi accompagner les participants qui en ont besoin pour les aider sur le marché de l'emploi en Europe et en France, parce qu'évidemment les codes peuvent être profondément différents d'un pays à un autre. Nous sommes par ailleurs membre de l'association USAIRE et nous avons un accord qui permet à nos étudiants de participer à leurs conférences, réalisent des synthèses en travaillant de façon transverse avec d'autres programmes.

Rien ne vaut l'immersion dans l'écosystème aerospace. C'est quelque chose que nous favoriserons encore davantage à l'avenir. Par ailleurs pour la première fois cette année, l'hybridation du programme permet aux deux types de profils, les « part time » (hub) et les «full time » (long-haul) de suivre les mêmes cours pour les deux premiers blocs de la formation, pour les fondamentaux et pour la partie plus applicative, et chacun des deux rythmes a désormais une expérience à l'étranger (Montréal et Casablanca).

La digitalisation se développe massivement dans le secteur, cela a-t-il un impact sur la formation des dirigeants ?

La digitalisation touche évidemment en priorité les ingénieurs, mais du côté managérial et face à cette véritable révolution industrielle, l'humain prend encore plus de valeur. Car au-delà des data analytics, les affaires se font autour de rencontres. Les négociations ne se font pas à distance et l'humain prend finalement encore plus de valeur, car il devient plus rare. Nous essayons d'ailleurs de faire en sorte que nos programmes soient des moments de recul, avec un temps permettant de valoriser les échanges au-delà des urgences, pour prendre une distance critique.

Qu'en est-il des autres formations aéronautiques de TBS ?

Pour les autres cursus, le Master 2 spécialisation Aerospace Management, le Bachelor in Aviation Management en partenariat avec l'ENAC et le Mastère Spécialisé Air Transport Management ENAC-TBS, nous allons aussi nous inspirer de ce que nous faisons sur l'Aerospace MBA et revoir leur fonctionnement, voir comment les enrichir. Pour les 20 ans, il y aura une logique de cascade. La transformation de l'Aerospace MBA n'était qu'une première étape. Nous venons de mettre en place un cluster baptisé Aerospace & Mobility dont la vocation sera de fournir une vision encore plus globale de toutes nos activités aéronautiques et spatiales, aussi bien en recherche, en enseignement, mais aussi dans le cadre de nos missions d'accompagnement des entreprises. L'idée est d'avoir une proposition d'offre plus complète pour répondre aux problématiques stratégiques et managériales des organisations aerospace. ''

Source:

Le journal de l'aviation


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